Article : Le Soire

Salim Jay : Hafid Abdoulahyane raconte un coup de foudre pour une bibliothécaire

Au moment où j’écris ces lignes, le réalisateur de La marche des crabes, qui se révèle remarquable comédien en y jouant le rôle principal, est au volant de la voiture familiale où il se relaiera avec son père jusqu’à Agadir. Ensemble, ils ont quitté les Ulis, ville si nouvelle dans la région parisienne-elle a seulement trente ans –que je ne suis pas sûr d’en avoir connu le nom avant de l’entendre prononcé par Hafid Aboulahyane. Celui-ci raconte dans son moyen métrage le coup de foudre d’un jeune homme (qu’on voit se déplacer en chaise roulante) pour une bibliothécaire que ses jambes mèneront loin de lui.

Hafid Aboulahyane est né à Orsay, dans l’Essonne, il y a un peu plus de trente ans. Il a donc tout juste l’âge des Ulis où, enfant, il joua au football avec un gosse qui deviendra Thierry Henri. Champion du monde avec l’équipe de France. On sait que les footballeurs doivent manifester leurs capacités d’improvisation.

En matière d’improvisation, Hafid a un sacré passé : douze années à la Ligue d’improvisation, laquelle fut la matrice artistique de Jamel Debbouze.

Comédien au jeu très juste, Aboulahyane interprète avec infiniment de tact et d’émotion le personnage central de la Marche des crabes. On y remarque aussi Djamel Alam, dans le rôle du père, la chanteuse Laam, d’origine tunisienne et Naïma Illias, grande dame du théâtre marocain que la généreuse Naïma Lemcharki présenta à Hafid.

Laam elle, obtint un disque d’or avec son interprétation de «Je veux chanter», l’une des belles chansons de Michel Berger qui était un orfèvre en la matière.

L’une des raisons d’aimer La Marche des crabes, c’est la prestation de Booder dont on connait bien la sympathique trogne.

S’il a confectionné son nom d’artiste en hommage au joueur de foot Aziz Bouderbala, Booder est un artiste de la mimique qui sait faire passer dans son regard l’espoir et la nostalgie aussi bien que la farce ou la tendresse.

Salué lors de la sixième édition du Festival International du Film de Dubaï lors de sa projection dans la sélection appelée Focus du Film français, le moyen métrage de Hafid Aboulahyane a carrément reçu quatre distinctions au Festival International du Film d’Amiens : le Prix du Public et, plus original encore, le Prix de la Maison d’Arrêt d’Amiens, le Prix du Public décerné par les détenus (hommes) et le Prix du Public décerné par les détenues.

A Agadir, en février, c’est un public chaleureux qui a applaudi la projection de La Marche des crabes. On ne s’en étonne pas car Hafid, dont le nom de comédien est… Hafidgood, joue avec le cœur. Et il sait s’entourer : on voit aussi dans son film Messaoud Hattou qui a plus d’une flèche à son arc, ayant écrit Michou d’Aubert pour le réalisateur Thomas Gilou.

Ecrivant cette chronique le jour du deuxième tour des élections régionales en France, j’aurai garde de ne pas oublier de mentionner le remarquable court-métrage qu’a réalisé Hafid Aboulahyane et qui a été notamment diffusé sur la Chaine parlementaire : Le Forum. Cette incitation à s’inscrire sur les listes électorales est filmée comme un ballet d’idées avec un magnifique respect des visages, des mots, des usages et du courage ou du découragement des uns et des autres.

Le comédien et réalisateur, mais aussi nouvelliste et romancier Samuel Benchetrit, qui est né au Maroc, apparait dans La Marche des crabes. Hafid Aboulahyane pratique l’attention aux autres et le besoin d’aimer et d’être aimé.

En attendant de trouver la femme de sa vie, il va tourner dans le nord de la France et au Maroc son premier long-métrage, en cours d’écriture, mais auparavant, il sera livreur de pizzas dans Gino Story, le prochain long métrage de Samuel Benchetrit. Hafid Aboulahyane est venu me raconter tout ça dans le petit appartement qui sert de décor final à Embourgeoisement immédiat. Ce n’est bien sûr pas l’heure ni le jour de vous parler de ce roman, mais il me reste à vous révéler que le jeune comédien et réalisateur est arrivé chez moi avec un gâteau à la crème dans les mains.

Il s’est appliqué à le manger tout seul, tandis que je regrettais de ne pas avoir eu le réflexe de m’en saisir illico en lançant : «Comme c’est gentil ! Merci» A ma place, lui garderiez-vous rancune de sa voracité ?

 

Source : http://www.lesoir-echos.com/2010/03/23/salim-jay-hafid-abdoulahyane-raconte-un-coup-de-foudre-pour-une-bibliothecaire/

Share on Facebook

Les commentaires sont fermés.